Nicolas Mathern est professeur de maths-sciences dans un lycée professionnel de la banlieue parisienne.

Pourquoi je soutiens le REID ? Voilà une question qu’on m’a posée plusieurs fois lors des derniers jours de cette année scolaire...

La clairvoyance de Farida terrasse-t-elle les illustres pédagogues qui l’ont précédée et qui ont modelé les programmes de l’Education Nationale ?

Le dispositif REID doit-il remplacer, demain, l’énorme machine qui forme nos jeunes à leur future vie professionnelle ?

Suis-je un ingrat qui mord la main qui le nourrit et rejette  en bloc l’institution dont il fait partie ?

Suis-je un pauvre prof de lycée professionnel  de ZEP idéaliste, voire manipulé ?

Ai-je perdu la foi dans ce que je fais ?

Evidemment la réponse à toutes ces questions est non.

Je soutiens Farida dans son projet, d’abord et avant tout par pragmatisme...

Sur les multiples raisons qui font que certains jeunes sortent du système scolaire sur un constat d’échec criant, nous avons tous une opinion, souvent différente de l’un à l’autre ; certains ont fait leur profession d’étudier ces phénomènes et sont beaucoup plus compétents que moi pour en parler...

Ce que je sais, par mon expérience personnelle, c’est que condamner un jeune à l’illettrisme, même partiel, c’est aussi le condamner à l’exclusion sociale ; c’est le conduire vers le RMI et la délinquance. Pire, c’est augmenter grandement le risque que ses enfants suivent le même chemin... Qui dans l’Europe de 2008 peut s’intégrer dans la société sans savoir correctement ni lire, ni écrire, ni compter ? Comment surveiller le travail scolaire de ses enfants quand on est incapable de déchiffrer un courrier ? Comment connaître ses droits et les dispositifs qui appuient les personnes en difficulté ?

L’illettrisme conduit immanquablement à l’isolement, d’autant plus que c’est dans la France d’aujourd’hui une maladie honteuse. Ce que veut faire Farida à travers son expérimentation du REID, c’est essayer de sortir de cette spirale vicieuse 12 adolescents. Combien pourra-t-on en remettre sur le chemin de l’école et de la qualification professionnelle ? Qui peut le dire ? Mais, même si ce projet réussit à en aider un seul, ce sera une victoire, en terme humain bien sûr, mais aussi en terme de coût financier pour notre société.

Cette expérience sera analysée, c’est capital dans la démarche... Elle ne s’oppose pas au travail des milliers de collègues qui  forment avec passion un très grand nombre de jeunes. Les victoires que nous voulons obtenir avec le REID, nous les obtenons déjà au quotidien dans nos pratiques avec tel ou tel jeune ; nous n’agissons pas par frustration.

Le rôle de l’Education Nationale est de former l’ensemble d’une classe d’âge ; quelles que soient les améliorations que nous mettons en place, le système laissera toujours quelques oubliés sur le bord du chemin. Ce que réclame Farida c’est la possibilité de tendre une main à ces exclus du système ; ce n’est pas antagoniste.

Le dispositif REID n’empêche en rien notre institution d’améliorer son fonctionnement à tous les niveaux ; c’est ce qu’elle fait, chaque jour, grâce au travail passionné de milliers d’intervenants. Les pédagogues ont, bien sûr, un rôle capital pour analyser les raisons de nos échecs et proposer des remédiations.

Pour lutter contre ces échecs, il faut multiplier les expériences et mutualiser leurs résultats. Le REID en est une parmi d’autres possibles ou existantes ; il n’a pas l’ambition d’être la seule solution possible, mais il mérite d’être testé avec objectivité.

Ce blog en lui-même est une chance, dans ce domaine, d’améliorer au jour le jour le projet par les contributions, voire les contradictions, des uns et des autres.

C’est dans cet esprit qu’il faut avancer sur ce chemin avec pour seul objectif de tenter d’infléchir le cours de la vie de 12 jeunes dans un sens positif. Le REID se propose simplement les réintégrer dans notre société.

Bien sûr, oui l’objectif de Farida, dans son projet, est avant tout pragmatique.


Nicolas Mathern