Témoignages d'enseignants, de CPE, ...
Entretien avec Mesdames Djamila SAAFI et
Emilie GIUMMARRA
Conseillères Principales d’Education
DE L’ABSENTEISME ET DES RETARDS
« Nous avons organisé il y a quelques jours une rencontre entre les professeurs et les parents d’une classe de première professionnelle en maintenance. Les élèves étaient eux-mêmes invités. Nous avons souhaité réunir tout le monde parce que l’équipe pédagogique rencontre dans cette classe une situation invraisemblable.
Ils sont 18 inscrits âgés de 18 à 20 ans et nous enregistrons pour eux des
taux d’absentéisme incroyables. Le plus assidu d’entre eux comptabilise 50
demi-journées d’absence au début du mois de janvier; les autres entre 60 et 105
demi-journées.
Les cours de maintenance ont lieu notamment le mardi de 8 h 00 à 12 h 00. La
classe n’est au complet qu’à partir de la dernière heure de la matinée. Entre 8
h 00 et 11 h 00, il n’y a qu’un ou deux élèves présents par demi-groupe. On
aurait pu croire qu’étant enfin sur place, ils seraient au complet après le
déjeuner. Ce n’est pas le cas : il y a aussi beaucoup d’absents la première
heure de l’après-midi, et des retardataires.
Sur cinq familles présentes à cette rencontre, il n’y avait que trois
authentiques représentants légaux (le père et la mère) ; les deux autres
étaient un élève majeur qui se représentait lui-même, et des parents avaient
envoyés à leur place la fille aînée de la maison. Quant aux élèves eux-mêmes,
aucun ne s’est déplacé. Nous avions pris soin pourtant de convoquer cette
réunion à 18h00 heure afin de permettre au plus grand nombre de venir.
La situation est telle que nous ne tenons plus en considération les retards.
C’est un mot qui ne veut plus rien dire. Nous ne pouvons pas davantage envoyer
les signalements au bout de 4 demi-journées d’absence comme il se doit. Si nous
le faisions, la classe fermerait.
Personne ne fait ses devoirs à la maison. L’absence n’est jamais compensée par
du travail personnel.
Les parents présents, deux couples, étaient atterrés. Ils n’étaient au courant
de rien. Ils ont exprimé leur impuissance et leur colère contre leur fils et
contre le groupe classe. Des autres parents, nous n’avons eu aucune
nouvelle.
Nous misions beaucoup sur cette rencontre ; nous souhaitions chercher des
solutions ensemble. Nous ne savons plus quoi faire.
A une échelle plus importante, le désinvestissement des parents est le même.
Tous les ans, il y a une enquête nationale sur le devenir des élèves qui nous
ont quittés en fin d’année précédente. Cette enquête a touché en 2006/2007 104
familles à qui nous avons envoyé comme toujours le questionnaire accompagné
d’une enveloppe timbrée et libellée à l’adresse du lycée. Nous avons reçu 15
réponses.
Dans ce contexte, évidemment le R.E.I.D. nous paraît être une expérience à
tenter. Ils gagneront de l’autonomie à reprendre les fondamentaux. Les parents
qui ne se déplacent plus à cause des bilans négatifs seraient accessibles sur
place. Le tête-à-tête avec l’instructeur serait efficient Il n’y a pas de doute
: ce sera toujours mieux que 105 demi-journées d’absence. »
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Entretien avec Madame Dominique
CHAUDOYE
Professeur de Lettres-Histoire
DE L’EMPLOI DU TEMPS ALLEGE
« Pour des élèves en fin de scolarité, sans débouché, sans perspective
d’avenir proche, ayant redoublés, ayant aussi été orientés par défaut, le
R.E.I.D. s’inscrit dans une dynamique nouvelle. Depuis des années, ils vivent
l’école comme un enfermement. Ce dispositif les intègre dans une procédure
nouvelle pour se construire. Ils vont pouvoir acquérir les bases essentielles
qu’ils n’ont jamais pu acquérir en dix ans de scolarité.
Leur journée sera courte. Ce rythme les aidera à se concentrer. Ils ne seront
pas harassés avant même d’avoir commencé de travailler. Ils seront toujours
frais et dispos, c’est important de leur épargner dans cette période de remise
à niveau des trajets souvent longs de banlieue à banlieue, et d’alléger
l’emploi du temps afin de rendre performant l’apprentissage des bases.
Les activités artistiques et sportives de l’après-midi sont pour des jeunes en
difficulté un moyen de s’exprimer qui peut aider beaucoup à lever les blocages.
Et ces activités enrichiront considérablement leur vie.
Ils découvriront mieux avec un seul instructeur les finalités de l’instruction
parce qu’ils fonctionnent à l’affectif. Un jeune en échec travaille nettement
mieux quand il sent la confiance, et qu’il est individuellement encadré. »
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Entretien avec Madame Caroline
ABANCOURT
Professeur de gestion
DE L’EXPERIENCE EUROPEENNE
« Le R.E.I.D. est un dispositif qui donnera forcément des résultats. C’est
vrai que le groupe-classe en lycée professionnel ou en collège dans les ZEP est
la plupart du temps plus démobilisateur qu’il ne l’a jamais été. Les temps
actuels nous contraignent à revisiter nos conceptions antérieures. La classe
sérieuse, attentive et appliquée est de moins en moins une réalité dans les
quartiers difficiles.
Quand des jeunes garçons de première professionnelle, ayant redoublés chacun
deux ou trois fois, âgés de 18 à 21 ans, arrivent dans ma classe en chahutant
comme des enfants et cassent le rétroprojecteur en pénétrant dans ma salle, on
se dit qu’en effet un apprentissage individualisé s’impose.
Il est vrai par ailleurs qu’ils ne maitrisent pas l’écrit. Ils montrent
un déficit de connaissances basiques dans toutes les matières. Comment étudier
dans ces conditions ? C’est naturellement qu’on en vient à se dire qu’il faut
leur proposer de reprendre toutes les bases. Et pour être sûr d’obtenir des
résultats le tête-à-tête avec l’instructeur est la meilleure solution.
En France, ce genre de dispositif manque. En Europe des procédures analogues
existent déjà, en Allemagne par exemple. Là-bas, dans certaines institutions
privées on trouve un enseignant par élève pour préparer un diplôme
professionnel. Et les résultats sont probants. »
DU CONTACT AVEC LES FAMILLES
« Le R.E.I.D. a aussi l’immense mérite de se rendre sur le terrain des
familles. Les relations avec les parents sont essentielles. Elles conditionnent
en grande partie la réussite. Que l’instructeur se rende au domicile apporte
aussi une économie souvent considérable dans les temps de trajet : il n’est pas
rare que nos élèves de lycée professionnel consacrent deux, trois, voire quatre
heures aux transports tous les jours.
Enfin, les jeunes qui vont sortir de ce dispositif, polis, disciplinés, avec un
savoir-vivre nouveau et qui auront repris confiance en eux, seront crédibles
aux yeux des chefs d’entreprises. Ceux-ci pourront alors se consacrer à leur
apprendre le métier. »
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Entretien avec une Principale-adjointe de collège
D’UNE NOUVELLE METHODE D’ACQUISITION DES FONDAMENTAUX
« Le R.E.I.D. peut être une solution pour des élèves en souffrance scolaire.
Il y a des enfants qui arrivent en 6ème sans savoir ni lire ni écrire ni
compter. Dans notre collège nous avons 170 élèves en 6ème, 40 d’entre eux sont
dans ce cas. Ils ne comprennent aucun énoncé. C’est ce que montrent nos
évaluations en début d’année. Les enseignants le disent chaque jour : ils ne
saisissent pas un traître mot de ce qui se dit en classe. Ces enfants viennent
à l’école sans fournitures, sans carnet de liaison, sans avoir noté leurs
devoirs sur leur agenda et leurs cahiers sont vides car les cours sont
dictés.
Dans la mesure où ils ne comprennent rien, au bout de quelques heures en
classe, ils mettent le bazar. Ceux qui passent en conseil de discipline ce sont
ceux qui ne suivent pas en cours.
Il y a des élèves de 6ème qui sont déjà absentéistes sans que les parents ne le
sachent. Ils se mêlent à la sortie des 3èmes profitant de leur petite taille,
et disparaissent dans la rue. Ce phénomène d’absentéisme s’accentue avec le
temps.
Malgré leur âge les élèves en grande difficulté ne sont pas encore à leur place
au collège. Ils traînent dans nos murs pendant 4 ans, puis sont orientés vers
des lycées professionnels, dans des filières qu’ils rejettent parce qu’ils ne
les ont pas choisies.
Même si des procédures sont mises en place dans les collèges, on aurait besoin
d’un dispositif comme le R.E.I.D. à l’extérieur.
L’Inspection Académique emploie quatre personnes à plein temps pour replacer
des élèves multirécidivistes exclus par décision des conseils de discipline.
Mais où replace-t-on les moins de 16 ans au bout d’un mois ou deux ? Dans
des classes identiques à celles dont ils ont été exclus. Il n’y a pas d’autre
choix. Si bien qu’évidemment, ils recommencent.
Le R.E.I.D. serait aussi une alternative pour de nombreux multirécidivistes. On
sait que les parents recherchent un partenariat pour gérer leur enfant
difficile. Travaillant seul sur les fondamentaux avec un instructeur, il
pourrait progresser en attendant le replacement et reprendre le dessus.
Tant qu’ils sont dans l’école, on peut toujours trouver de nouvelles solutions.
L’institution s’en préoccupe. En revanche, lorsqu’à 16 ans ils sortent du
système scolaire, ils échappent à toutes les solutions de remédiation que nous
mettons en œuvre. »
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Entretien avec Monsieur Nicolas
MATHERN
Professeur de Maths-Sciences
DU CONCRET DES MATHEMATIQUES
« Les mathématiques au collège sont enseignées dans la perspective de
poursuivre des études longues en grandes écoles. L’enseignement français forme
de très bonnes élites. Au sommet de la pyramide, on trouve de bons élèves qui
ont un excellent niveau, mais à la base le niveau général baisse.
En effet, à quoi sert par exemple l’inconnue mathématique pour un citoyen moyen
? C’est une notion abstraite qui conduit à des études au long cours très
approfondies. Les équations, les inéquations sont des opérations qui restent
obscures pour des élèves en difficulté. Ils ne parviennent aucunement à en
saisir la portée ; ils n’en voient pas l’intérêt. Ils ne peuvent pas les
manipuler. Au collège, un enfant de 4ème en échec ne peut comprendre le
raisonnement géométrique strict. Ce qui lui est encore accessible c’est
l’application concrète.
En lycée professionnel, nous avons beaucoup de mal à donner du sens à toutes
ces notions abstraites. Et quand on pousse ces adolescents à les intégrer coûte
que coûte, on discrédite du même coup des notions plus concrètes qui font
partie de leur vie, comme les pourcentages par exemple. Plus rien ne passe
parce qu’ils sont submergés. Si je dis à une classe de baccalauréat
professionnel : un kilo de pommes de terre coûte 1,30 euros. Combien coûte 2,5
kg ? Il y en a la moitié qui ne sait pas répondre. Une proportionnalité ? Ils
ne savent toujours pas ce que c’est alors qu’ils en entendent parler depuis au
moins cinq ans.
Je leur soumets donc des problèmes mathématiques utiles, qui peuvent leur
servir et qui ont l’avantage de les mobiliser dans les apprentissages. Je suis
obligé d’exclure dans mes cours tout ce qui ne peut pas être ramené à des
situations concrètes, sinon c’est ingérable. Je suis poussé à leur enseigner en
priorité des mathématiques rattachées aux choses courantes de la vie.
Quand ils réussissent un exercice, ils sont fiers. Et quand ils sont fiers
d’eux, ils progressent.
Pour eux, le R.E.I.D. serait un bon dispositif parce que ces adolescents
raisonnent de façon affective : j’ai eu beaucoup de ces élèves en cours
particuliers, ils étaient plus réceptifs parce qu’ils sentaient qu’on
s’intéressait à eux.
En plus, ils ne lisent pas, ou mal. En tête à tête, on peut mieux expliquer les
consignes. On peut vérifier si l’élève les a comprises ou pas. On peut
l’orienter à répondre à la question précisément posée et non le laisser remplir
un tableau par exemple avec des données relevées au hasard. Ils ne sont pas
acteurs dans leurs apprentissages, un enseignement individualisé loin du
tohu-bohu de la classe règlerait ce problème. »
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Entretien avec Madame Joséphine
EBY
Professeur de Lettres-Anglais
DE L’USAGE DU DICTIONNAIRE
« Dans mes classes de baccalauréat professionnel, il y en a moins de la
moitié qui ne savent pas ce que c’est qu’un verbe, ni à quoi il sert. Quant aux
adverbes, n’en parlons pas. L’anglais utilise beaucoup les adverbes mais les
élèves sont incapables de les repérer.
Dans les épreuves du bac pro, il y a une version. Comme ils ne maîtrisent pas
la grammaire française, l’exercice tourne à la catastrophe. Ils ne font pas la
différence entre la langue de départ et la langue d’arrivée. Ils traduisent au
mot à mot sans se préoccuper de la construction de la phrase française. Ils
maintiennent par exemple en français l’inversion anglaise de l’adjectif
qualificatif.
Ils ne savent pas davantage utiliser le dictionnaire. Ils reprennent le premier
sens proposé sans tenir compte du contexte et des sens multiples que peut
revêtir un mot.
Mon médecin généraliste a dû embaucher sa propre fille comme secrétaire
médicale parce que les trois secrétaires précédentes, pourtant titulaires du
bac pro secrétariat, ne savaient pas classer par ordre alphabétique les
dossiers des patients. Sans parler des fautes d’orthographe qui discréditaient
son courrier. Comment ne pas espérer de voir naître un dispositif comme le
R.E.I.D. quand on voit qu’un emploi honorable n’a pas été gardé par l’une de
nos élèves de lycée professionnel. »
DE L’USAGE D’INTERNET
« La semaine dernière, j’ai donné à une classe un devoir à faire à la
maison. J’ai découvert le soir chez moi beaucoup de bonnes copies, et j’ai
pensé que, comme d’habitude, les sœurs avaient fait le travail à la place de
leurs frères.
J’ai appris le lendemain de la bouche d’un élève qu’il avait en fait procédé
autrement : « C’est pas ma sœur, Madame, c’est Internet. Je suis allé sur
un forum de discussions. J’ai écrit le sujet. Et j’ai demandé de l’aide en
signant Sabrina. Car je me suis dis que si je signais Abdel, je n’aurai pas de
réponse. Du coup, j’en ai eu plein, j’ai refilé les réponses à mes potes, et
j’ai zappé les demandes de rendez-vous.»
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Entretien avec deux Professeurs de Maintenance
en Lycée Professionnel
DE L’APPRENTISSAGE DU METIER
« Nous travaillons avec les élèves en atelier de maintenance pour la
pratique, en classe pour les cours théoriques. Ils sont 18 en première année de
bac pro cette année. Cette classe ne fonctionne pas du tout. Ils sont tous en
retard. Ils sont à tour de rôles absents. Ils ne viennent qu’une fois sur deux,
ou sur trois. Les classeurs ne sont pas à jour. On y trouve des feuilles de
cours en vrac, sans cohérence, d’autres sont perdues. Nous distribuons
régulièrement des feuilles de brouillon et des stylos.
Depuis le début de l’année scolaire nous avons perdu la moitié du temps. Nous
faisons donc avancer le programme au détriment des applications. Nous
expliquons le fonctionnement total du système mais nous n’avons plus le temps
de voir les différents aspects pratiques du cours. Et sans un certain nombre
d’applications ils ne peuvent pas assimiler grand-chose.
Quand ils doivent sur un TP rédiger des explications, ils écrivent le minimum
avec un maximum de fautes d’orthographe. Souvent, ils ne comprennent pas la
question. Le moindre synonyme les déstabilise. Ils ne font jamais de phrases.
Ils répondent par un mot ou deux. Ils sont incapables d’expliquer par écrit un
schéma électrique, par exemple.
Dans une entreprise, on fournit des bons de travaux qui mentionnent qu’une
machine est en panne. Il faut trouver la panne. Ils seront capables de lire le
bon de travaux car il est simple. En revanche, le responsable des travaux
attend au retour la retransmission écrite du processus de réparation, c’est là
que cela bloque le plus. Ils ne peuvent pas synthétiser, ni rédiger.
Ils n’ont aucune méthode de travail. Quand nous leur fournissons une méthode,
ils n’obéissent pas, ils ne l’appliquent pas même si cela devait leur permettre
de réussir l’exercice.
En technique, nous nous référons à des symboles et certains d’entre eux se
ressemblent avec des variantes. Ils sont si peu concentrés qu’ils les
confondent tous.
Ils discutent en cours, ils n’écoutent pas, ils chahutent. Leurs absences ne
les traumatisent pas. L’année dernière, avec d’autres élèves de ce type, quand
nous avons fait la séquence de dépannage la plus importante de l’année, ils
sont venus un cours sur trois.
Quand nous les prenons un par un c’est mieux. C’est le groupe-classe qui ne
fonctionne pas. La seule chose qu’ils en retirent c’est la camaraderie. Avant
de s’asseoir à leur place, les retardataires font chacun le tour en tapant dans
la main de tous les copains. Chaque retardataire se plie à ce rituel. Plus de
la moitié de la classe est en retard et les retards s’échelonnent de 8 h à 11
h. Dès qu’ils s’installent ils pensent à l’extérieur, à ce qu’ils vont faire
dehors. Et ils en discutent. Quand ils ne sont que cinq présents, ils se disent
démotivés parce que les autres sont dehors. Mais lorsqu’ils se retrouvent enfin
tous ensemble, ils se disent démotivés parce qu’ils sont trop nombreux à
chahuter. Ils sont eux-mêmes fatigués de la classe.
Ils viennent de loin. Leur énergie passe avant tout dans les transports. Avec
les filières qui ferment, ils vont de plus en plus loin. Ceci étant, même
quand ils habitent à deux pas, ils sont en retard quand même.
Nous avons convoqué une réunion avec les parents. Quatre familles sur une
vingtaine se sont déplacées. Nous avons pris la décision avec ces parents de
les mobiliser en leur organisant un examen blanc : nous avons retrouvé les
feuilles de révision que nous venions de distribuer à la poubelle. »
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Entretien avec Monsieur Roger
LAVIGNE
Chef des Travaux en lycée professionnel
DE L’UTILITE DU SAVOIR-ETRE EN ENTREPRISE
« Le R.E.I.D. est un bon projet qui peut assouplir des jeunes en rupture
sociale. Il faudrait en effet le tenter. Délivrer une attestation d’aptitude à
l’insertion professionnelle est une bonne idée. Car au-delà même des
connaissances scolaires ou professionnelles, ce que recherche une entreprise
chez un jeune aujourd’hui c’est un comportement compatible avec la vie en
entreprise.
Il faut viser les grandes entreprises ; certaines sont très ouvertes et
sensibles à la question, Dassault par exemple. Il y a des brèches qui
s’ouvrent. Ces entreprises sont prêtes à investir sur l’acquisition d’un métier
: c’est très à la mode en ce moment ; elles peuvent former dans leurs murs.
Mais à la condition expresse qu’au démarrage le jeune soit socialisé. Sinon,
c’est négatif. Je reçois des dizaines de fax en provenance d’entreprises qui ne
veulent plus entendre parler de nos élèves en stage chez eux à cause de leurs
comportements asociaux. L’adaptation est une compétence fondamentale. Les
services de recrutement des chambres de commerce réclament la même chose.
Prendre ces jeunes un par un et voir avec eux tranquillement cette question du
savoir-être est fondamental. »
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Entretien avec Monsieur Antoine
GUE
Professeur de Lettres-Histoire
DE L’AGE VERITABLE D’UN JEUNE ILLETTRE
« Leur réapprendre à lire et à écrire, c’est leur redonner
institutionnellement leur 16 ans. On ne peut donner un âge aux jeunes qui ne
savent pas lire et écrire. Il est difficile de les ranger rigoureusement dans
une classe d’âge. Tant qu’ils sont illettrés, ils n’ont pas l’âge de démarrer
dans la vie, ils n’ont pas d’âge de démarrage, d’année 0. Ils n’auront pas 16
ans tant qu’ils seront illettrés. Ils n’auront d’ailleurs pas atteint cet âge à
leurs propres yeux, quoiqu’ils vivent. Ils restent des gamins. Ils sont
immatures. Ce décalage produit une grande souffrance et des réactions
d’hostilité vives à l’égard du monde.
Les jeunes dans cet état sont favorables à l’idée qu’on les reprenne en main.
Lire, écrire et compter c’est presque devenu une fonction vitale comme boire,
manger et dormir.
Le R.E.I.D. est une procédure qui me semble bien leur convenir et qui obtiendra
de vrais résultats. Jamais je n’ai entendu l’un de mes élèves dire qu’il
refusait d’apprendre à lire et à écrire. Il refusera tout, sauf ça. Il n’est
pas encore trop tard. »
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Mehdi, Jonathan, Kevin, Olivier,
Raymond, Sylvain, ont entre 17 et 19 ans. Inscrits en Première expérimentale
dans un lycée professionnel (section industrielle), ils ont redoublé deux fois
la seconde générale avant d’atterrir par défaut dans cette « classe
d’orientation ». Ces adolescents ne savent toujours pas vers quels
débouchés s’orienter. La première expérimentale compte 6 élèves pour 9
enseignants. Comme dans l’ensemble de cet établissement, l’absentéisme atteint
ici le taux de 20 %.
DU R.E.I.D AU REGARD DES ELEVES
• « On a moins d’heures, donc plus de temps libre. »
• « On a moins de pression. »
• « On est plus au calme. »
• « On travaille mieux quand on est tout seul. »
• « On va à notre rythme. »
• « On n’a plus de sanctions abusives. »
• « C’est moins décourageant pour ceux qui ont redoublé
quatre fois. »
• « On a un meilleur suivi. »
• « L’instructeur a toute l’attention sur nous. »
• « Il s’adapte à notre niveau. »
• « On ne se déplace plus : il n’y a plus d’absence, plus de
retard. »
• « On travaille sur les matières utiles. »
• « On comble les lacunes. »
• « Ça va mieux avec la famille car il n’y a plus de conflits
à cause des sales notes. »
• « Nos parents seront contents d’être aidés. »
• « Ma mère, à l’instructeur, elle lui ferait à manger tous
les jours. »
• « On n’a pas honte de poser des questions. »
• « On peut dire quand on n’a pas compris. »
• « Si l’instructeur arrive quand on dort, on lui ouvre quand
même la porte. »
• « On se sent capable de travailler à fond deux heures par
jour. »
• « On a toujours des copains grâce aux activités de
l’après-midi. »
• « On est sûr de progresser. »
• « On progresse sans la pression des résultats scolaires.
»
Publié le mardi 20 mai 2008 par REID