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40 % des élèves à l’entrée de la sixième sont en grande difficulté. 15 % des jeunes sortent chaque année du système scolaire en fin de scolarité sans qualification. Parmi ces 150000 jeunes aucun d’entre eux n’appartient à une catégorie socioprofessionnelle favorisée.

Le R.E.I.D. recherche des résultats concrets à court terme. Il propose de faire enfin acquérir à des jeunes en errance, grâce à un enseignement individualisé, les bases fondamentales de la langue française, et des mathématiques ; de les aider également à s’intéresser à l’histoire du pays dans lequel ils vivent, la France ; enfin de leur proposer des activités susceptibles de mobiliser et de développer leur capacité d’adaptation.



Quel est le public visé par le R.E.I.D. ?

Quelle est l’organisation générale du dispositif ?
Qui sont les instructeurs ?
Quel est l’emploi du temps de l’instructeur ?
Pourquoi instruire un seul jeune à la fois ?
Pourquoi s’adresser à des jeunes de 16 à 18/20 ans ?
Pourquoi un seul instructeur pour un jeune ?
Pourquoi instruire au domicile de l’adolescent?
Pourquoi tenir un journal de bord numérique ?
Qu’est-ce que le Conseil du R.E.I.D. ?
Quel est l’emploi du temps de l’adolescent ?
Pourquoi l’instruction n’est-elle prévue que le matin ?
Comment conduire l’adolescent à se procurer ses fournitures scolaires ?
Quel est le programme des apprentissages ?
Pourquoi n’enseigner que trois matières ?
Pourquoi s’appuyer sur des cours par correspondance ?
Pourquoi prévoir des activités socioculturelles d’insertion ?
Pourquoi prévoir une rentrée fédératrice ?
Pourquoi rendre visite aux familles ?
Pourquoi organiser deux réunions annuelles avec les familles ?
Quelle est la durée du dispositif R.E.I.D. ?
Pourquoi évaluer positivement  les apprenants  ?
Quelles sont les évaluations ?
Qu’est-ce que l’attestation d’aptitude à l’insertion professionnelle ?
Quels sont les débouchés après le R.E.I.D. ?
Conclusion

Quel est le public visé par le R.E.I.D. ?

Ils sont 12 jeunes sans solution sociale ni scolaire, âgés de 16 ans à 18/20 ans (6 filles et 6 garçons) sur une aire géographique cohérente, c'est-à-dire habitant proches les uns des autres.

Quelle est l’organisation générale du dispositif ?

Tous les matins, chacun d’entre eux reçoit chez lui pendant deux heures un instructeur. Ce dernier le fait travailler rigoureusement sur trois matières : le français, les mathématiques et l’histoire de France.

Tous les après-midi, les jeunes se rendent à des activités collectives en présence d’autres jeunes pris en charge par le dispositif R.E.I.D.

Qui sont les instructeurs ?

Ils sont six. Chaque instructeur prend en charge deux adolescents. Les instructeurs peuvent être des enseignants, des instituteurs à la retraite, des étudiants, des éducateurs et des candidats bac + 2. L’équipe peut être hétérogène. Ils sont polyvalents c'est-à-dire qu’ils sont capables d’enseigner les trois matières proposées. Ils reçoivent une formation courte pour assimiler les objectifs du R.E.I.D. et dominer les méthodes d’apprentissage qui seront mises en œuvre. Ils sont recrutés par la directrice du dispositif.

Quel est l’emploi du temps de l’instructeur ?

Chaque instructeur instruit deux élèves par jour : un premier de 8 h 30 à 10 h 30 et le second de 11 h à 13 h, du lundi au vendredi Il accompagne ainsi un seul adolescent à la fois dans ses apprentissages.

Il travaille donc 24 heures par semaine : quatre heures de cours par jour, deux heures de réunions hebdomadaires, deux heures hebdomadaires d’écriture.

Il tient pour ses deux élèves un journal de bord numérique rédigé chaque jour en trente minutes, soit quinze minutes pour chaque élève. La directrice est la réceptrice de ce journal quotidien ; il lui parvient sur sa messagerie électronique.

Pourquoi instruire un seul jeune à la fois ? 

Il y a des territoires aujourd’hui en France où le groupe classe entrave les apprentissages . Certaines classes connaissent une concentration d’élèves en difficulté telle que celle-ci rend difficile voire impossible la progression individuelle. On constate même que des élèves régressent. Combien de jeunes désapprennent littéralement dans ces classes ? A la fois victimes et acteurs du chahut, ils ne travaillent plus qu’à leur perte. Et l’invraisemblable hétérogénéité des niveaux aggrave les choses. C’est la raison pour laquelle extraire ces adolescents de ces moments collectifs négatifs est une nécessité.

Etre seul avec son instructeur permet d’individualiser son enseignement et de bénéficier d’un rythme de travail personnalisé. En un mot, le retour au calme garantit la progression régulière dans les apprentissages. L’expérience montre que les résultats en dépendent.

Pourquoi s’adresser à des jeunes de 16 à 18/20 ans ?

Avant 16 ans, l’élève et sa famille sont souvent dans le déni. Les mauvais résultats scolaires, l’indiscipline, la succession des conseils de discipline, alertent rarement les parents sur le décrochage de l’enfant. L’explication la plus courante tend à remettre la responsabilité sur les autres et la solution tiendrait dans la recherche d’un meilleur établissement. Les difficultés bien réelles de l’enfant sont niées.

Avant 16 ans, un tel dispositif risque de ne pas rencontrer l’adhésion des parents et des enfants parce qu’ils refusent de voir ce qui est. Or, sans leur adhésion, ce dispositif, comme tout dispositif, ne peut pas fonctionner. Dans les collèges, les classes relais ne recrutent de préférence que des volontaires.

Après 16 ans, le temps a fait son œuvre. On ne voit plus de solution. On connaît les exclusions : de cours, d’établissement, temporaires ou définitives, on connaît l’errance scolaire et ses conséquences sociales et familiales dévastatrices. On a une lourde expérience de l’échec : on est devenu plus réaliste.

Pourquoi un seul instructeur pour un jeune ?

Se rendre au domicile de l’adolescent contribue à créer rapidement un lien privilégié entre l’instructeur, le jeune et sa famille. L’échange affectif facilite les apprentissages. Cette dimension, chez les jeunes en général, et chez les jeunes défavorisés en particulier, joue un rôle fondamental : elle doit impérativement être prise en compte.

Un instructeur, et un seul, a toutes les chances d’être adopté parce qu’il est la personne providentielle. Pour lui, un jeune peut se surpasser, et du coup se découvrir.

Pourquoi instruire au domicile de l’adolescent?

Les parents ne viennent plus se confronter aux bilans scolaires négatifs de leurs enfants en échec. Dans les lycées professionnels, la rencontre parents - instructeurs (organisée la veille des vacances de Noël à l’occasion de la remise des premiers bulletins) ne rassemble que 20 % des parents. Et ce sont le plus souvent les parents des meilleurs élèves qui se présentent .

Réussir l’instruction passe aussi par le rétablissement des liens avec la famille ; restaurer une participation des parents dans l’instruction de leurs enfants et valoriser le « foyer familial » combat le décrochage scolaire.

Pourquoi tenir un journal de bord numérique ?

Il est, pour l'instructeur, une trace quotidienne soutenant son observation précise et détaillée sur le court terme et le long terme.

Il répond à la nécessité d'informer quotidiennement la directrice des progrès de l'adolescent. Les interventions de la directrice dans les familles s'appuieront par conséquent sur des données pertinentes et fines.

Ce journal de bord numérique ne remplace, en aucun cas, les visites de la directrice au domicile des jeunes.

Il alimente enfin les ordres du jour du Conseil du R.E.I.D.

Qu’est-ce que le Conseil du R.E.I.D. ?

C'est une réunion hebdomadaire de deux heures, conduite par la directrice. L'ordre du jour est construit à partir des journaux de bord numériques. Ce conseil s'exprime à la fois sur le plan pédagogique mais aussi social et trouve des réponses aux situations  présentes.

Le Conseil du R.E.I.D. mesure chaque semaine l’évolution de l’adolescent dans la perspective de lui proposer en fin d’année une orientation adéquate.

Quel est l’emploi du temps de l’adolescent ?

Il travaille 20 heures par semaine - soit 10 heures de cours le matin - et participe à 10 heures d’activités socioculturelles l'après-midi.

Les élèves en échec scolaire sont souvent harassés par des emplois du temps de 35 heures durant lesquelles ils ne suivent rien. L’absentéisme et l’indiscipline se nourrissent de ces emplois du temps inadaptés à ces jeunes en échec scolaire.

Pourquoi l’instruction n’est-elle prévue que le matin ?

Tous les enseignants constatent qu’un élève n’intègre quasiment plus rien l’après-midi. On choisit de travailler le matin quand le cerveau est le plus performant. L’expérience montre que c’est un gage de réussite.

Comment conduire l’adolescent à se procurer ses fournitures scolaires ?

Dans un lycée professionnel, les enseignants peuvent attendre plusieurs mois (parfois toute l'année) que les élèves viennent en classe avec leurs fournitures scolaires .

Pour éviter ce dysfonctionnement, la première séance de travail est consacrée à l’achat des fournitures : l'instructeur et l'adolescent les effectuent ensemble.

Quel est le programme des apprentissages ?

C’est un programme de rattrapage accessible et progressif sur trois matières fondamentales. L’instructeur propose à l'adolescent des cours par correspondance de 6ème et de 5ème  ou de 4eme et de 3eme. Le choix des niveaux à reprendre par l’adolescent dépend de ses acquis antérieurs et de l’orientation (scolaire ou professionnelle) à envisager après le R.E.I.D.

Pourquoi n’enseigner que trois matières ?

Pour obtenir des résultats. Et les obtenir à court terme. L’objectif du R.E.I.D. est de structurer un adolescent dispersé. L’expérience montre que la reprise des fondamentaux garantit la réussite de tous les autres apprentissages ultérieurs.

L’adolescent doit donc retourner vers un apprentissage systématique de la grammaire et de l'orthographe ; reprendre, en refusant l’à-peu-près, les bases du calcul et de la géométrie plane dans de rigoureuses démonstrations rédigées, même dans le cadre des exercices les plus simples.

Pourquoi s’appuyer sur des cours par correspondance ?

Recourir à l'enseignement à distance permet d’accompagner et d’évaluer le travail effectué par le jeune avec son instructeur.

L'instructeur pourra autant qu’il le souhaitera être en contact avec le professeur correcteur. Ensemble, ils accorderont une grande place à l’acquisition des fondamentaux. En effet, quand on ne sait pas conjuguer, par exemple, on ne sait pas parler le français. 

L'instructeur, en collaboration avec l'enseignement à distance, mettra en place l’apprentissage progressif de  l’autonomie. Autonomie d’autant plus précieuse qu’elle est le fondement d'acquisitions ultérieures.

Pourquoi prévoir des activités socioculturelles d’insertion ?

L’adolescent en difficulté doit changer ses comportements inadéquats, modifier sa vision limitée de la réalité (source de conflits internes et externes) et parvenir à différencier son identité de surface de son identité profonde.

Conjointement au travail du matin, l’adolescent s’insère dans des activités toutes choisies pour leurs vertus thérapeutiques. Elles ont toutes, avec des modalités différentes, le même objectif : intégrer une personnalité désintégrée .

Ces activités se déroulent de 14 h 30 à 16 h 30.

•    Théâtre

Les jeunes disposent d’un texte théâtral qui se met à leur service. Le professeur de théâtre est donc capable de le choisir judicieusement et de l’adapter chaque fois qu’il le faudra en fonction de l’intérêt des jeunes. La directrice doit y veiller constamment.

L'expérience montre que le théâtre offre, outre ses qualités propres, la possibilité aux jeunes de se responsabiliser : ils agissent eux-mêmes contre les retards et les absences qui déstabilisent le travail du groupe. Le théâtre non seulement responsabilise les jeunes mais crée des liens positifs entre eux.

•    Danse

La salsa se danse en couple et selon des normes précises qui, sans discourir, remédie aux relations malsaines existantes actuellement dans les banlieues défavorisées entre garçons et filles.

•    Sports d’endurance

Ils ont l’avantage de former l’adolescent à l’effort.

•    Ateliers Sciences

Ils s’articulent autour de mini-projets réalisables en deux ou trois séances. Ces ateliers conduisent l’adolescent à définir une démarche de réflexion expérimentale et développe sa capacité à mettre en place des solutions concrètes à un problème donné.

La directrice se rend régulièrement dans toutes les activités de l'après-midi.

Pourquoi prévoir une rentrée fédératrice ?

Les 12 jeunes, les 6 instructeurs, le professeur de théâtre et la directrice partent ensemble à la campagne pour vivre deux ou trois jours ensemble.

La directrice peut ainsi, sur la base d’une observation discrète, constituer les binômes instructeur - apprenant en se basant sur les affinités respectives de chacun. Le jeune fera la connaissance de son instructeur avant la première séance de travail dans un cadre mobilisateur.

Au cours de ce séjour, l'équipe pédagogique, en particulier la directrice et le professeur de théâtre, installeront le projet théâtre dans l’esprit des jeunes : prise de connaissance du texte, distribution des rôles, premières répétitions et premières adaptations éventuelles. Cette approche initiale est une accroche pédagogique : ces jeunes ont besoin d’un avant-goût théâtral pour se mobiliser plus facilement ensuite dans l’atelier - théâtre en ville.

Pourquoi rendre visite aux familles ?

La directrice rendra visite à toutes les familles aux heures du travail scolaire. Ces visites permettront à l’instructeur et à son élève de visualiser et sentir la présence du REID. Ce sera également une opportunité privilégiée d’échanger avec les membres de la famille présents au domicile et de renforcer la compréhension familiale de la démarche pédagogique et sociale.

Pourquoi organiser deux réunions annuelles avec les familles ?

Les parents sont conviés à deux rencontres annuelles pour évaluer leur investissement dans le R.E.I.D. d'une part, et d'autre part pour créer un moment convivial mobilisateur invitant tout les membres du dispositif.

Quelle est la durée du dispositif R.E.I.D. ?

C’est un dispositif d’un an renouvelable une fois. On accordera au jeune une année supplémentaire à la condition qu’il le réclame lui-même. Cette possibilité ne sera ouverte à l’adolescent qu’à la fin de la première année selon ses résultats et la qualité de son engagement personnel.

Pourquoi évaluer positivement  les jeunes ?

Les évaluations sont le plus souvent positives et systématiquement constructives. Il s’agit d’en finir avec les évaluations négatives et démoralisatrices. Ces évaluations valorisantes sont régulièrement adressées à l’adolescent ainsi qu’à ses parents.

Quelles sont les évaluations ?

•    Une évaluation quotidienne est rédigée par chaque instructeur dans son journal de bord numérique.

•    Un devoir est envoyé pour correction à l’organisme de cours par correspondance, à la fin de chaque leçon. Ce n’est donc pas l’instructeur qui note mais celui des cours par correspondance. La note provient donc d'un correcteur anonyme.

L’instructeur peut à tout moment communiquer avec le professeur-correcteur situé à distance. La directrice également. L'’instructeur forme progressivement l'adolescent à communiquer de manière autonome et courtoise avec son correcteur.

Le devoir du jeune est expédié par l'instructeur et le devoir corrigé est d'abord réceptionné par la directrice.

•    Une évaluation collective en salle commune la veille de chaque période de vacances.

Cette évaluation collective ne sera pas une évaluation homogène du groupe. Chaque évaluation sera personnalisée par l’instructeur et vérifiée par la directrice.

L’instructeur corrige cette évaluation sans l'affecter d'une note visible sur la copie. Il transmet à la directrice cette note et son appréciation. Cette dernière rencontre l'adolescent et son instructeur à l'occasion de la remise de ce travail sur table pour effectuer un premier bilan.

L’évaluation en salle commune n’a pas pour seul objectif d’obtenir une note de l’adolescent; elle sert également à sonder les progrès et à déterminer si l'adolescent a acquis un gain d'autonomie.

Qu’est-ce que l’attestation d’aptitude à l’insertion professionnelle ?

Toute entreprise qui se propose de former des jeunes dans ses murs est susceptible de devenir une entreprise partenaire du R.E.I.D.

La directrice se charge de développer ce réseau d’entreprises partenaires du R.E.I.D.

Dans ce contexte, l’attestation d'aptitude à l'insertion professionnelle sanctionne un comportement compatible avec la vie en entreprise . Il apparaît clairement à l’adolescent que le savoir-être est une compétence fondamentale ; il réalise que cette compétence repose sur ses qualités d’assiduité, de ponctualité et de civilité.

Cette attestation est délivrée par un jury composé notamment des représentants des entreprises-partenaires.

Quels sont les débouchés après le R.E.I.D. ?

L’adolescent, à la fin de son année R.E.I.D., peut envisager :

-    soit d’entrer en seconde générale, au lycée, sur la base du succès, en candidat libre, au Brevet des collèges ;
-    soit de signer un contrat d’apprentissage en entreprise.

Conclusion

Pour un jeune, en difficulté ou non, le tête-à-tête pédagogique entre son instructeur et lui est incontestablement un cadre idéal pour construire une deuxième chance. La fortune actuelle des agences de soutien scolaire le montre. Mais ces procédures d’enseignement individualisé à domicile sont inaccessibles à la jeunesse des banlieues défavorisées. Le R.E.I.D. met à leur disposition ce cadre pédagogique, gratuitement.

Le dispositif R.E.I.D. permet ainsi aux adolescents concernés de maîtriser les connaissances de base, de construire une identité positive en les aidant à reconnaître progressivement la responsabilité de leurs actions et de trouver une résolution à leurs sentiments de colère, de culpabilité, de honte et de frustration, d’apprendre l’art de vivre en paix et d’intégrer les formations existantes en ayant vaincu ce que les entreprises leur reprochent : leur inemployabilité.

Ce projet est né d’une pratique de terrain. Les expériences menées en ce sens ont toujours abouti, récemment encore, à des succès inespérés.

Farida Belghoul